Sous-traitants, de la nécessité de se diversifier

Avec les difficultés rencontrées par des secteurs industriels majeurs comme l'automobile et l'aéronautique, de nombreux sous-traitants ont vu, par ricochet, leur activité péricliter. La crise actuelle souligne plus que jamais la nécessité de diversifier sa production. Et si finalement la crise sanitaire était l’occasion pour certains de trouver d’autres débouchés ? Quand l’audace et l’adaptabilité deviennent de véritables atouts de productivité.

Quid de la sous-traitance en France en 2021 ?

Dans cette stratégie qui consiste à confier une partie du process de sa production industrielle à une entreprise extérieure, on retrouve en France de nombreuses entreprises issues du secteur des travaux publics ou de l’industrie. Si l’aéronautique et l’automobile sont particulièrement concernés par ce mode opératoire d’externalisation, cela s’explique par la variété des opérations de conception, élaboration, fabrication et maintenance mises en place tout au long de la fabrication du produit fini. Ainsi, avoir recours à un prestataire externe pour la réalisation d’une tâche spécifique dans laquelle l’entreprise est experte, permet de fournir une prestation de qualité que l’entreprise donneuse d’ordre n’a pas à réaliser en interne.

Contrairement au secteur des travaux publics où l’on parle de sous-traitance de capacité, on parlera pour l’aéronautique et l’automobile de sous-traitance de spécialité. En effet, fournisseurs de solutions en transformation des matériaux, électronique, microtechniques, informatique et services à l’industrie proposent ainsi leur savoir-faire aux fabricants, équipementiers et assembleurs qui recherchent des savoir-faire spécifiques, des solutions pour répondre à leurs projets concrets.

Par exemple, aujourd’hui, l'ensemble français des sous-traitants et équipementiers de l'aéronautique représente 70 à 80% de la valeur ajoutée du secteur, constitué d'un vivier de 10 000 à 20 000 entreprises. [Olmos Sanchez, 2016].

Les activités des sous-traitants, quel que soit leurs domaines dépendent donc essentiellement du dynamisme des commandes.

 

Pourquoi, les sous-traitants dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique doivent se diversifier ?

La crise sanitaire mondiale causée par l’épidémie de Covid-19 a eu des conséquences directes sur plusieurs secteurs d’activité. C’est notamment le cas de l’automobile, où certains constructeurs ont affiché des résultats alarmants. Aujourd’hui, fin 2021, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont plus les clients qui manquent mais depuis des mois, l’industrie doit faire face à une grave pénurie de matières premières, notamment de semi-conducteurs, indispensables à l’industrie automobile.

Passés brutalement d’une croissance forte et durable, ayant pour principale problématique l’augmentation des cadences de production à une récession sectorielle majeure, les acteurs de l’écosystème aéronautique traversent eux aussi une zone de turbulence inédite avec de graves conséquences pour leur business model.

Face à la crise et devant des carnets de commande vides, de nombreux sous-traitants français ont donc décidé de se diversifier.

Pour éviter de ne dépendre que d’un seul donneur d’ordre ou d’une seule filière, il est indispensable de diversifier son activité. La pandémie de Covid 19 a montré à quel point, des pans entiers de l’industrie pouvaient être à l’arrêt et entraîner avec eux toute leur filière. L’attentisme face à cette situation qui autrefois pouvait s’avérer utile a, dans ce cas précis, montré ses limites : lenteur de la reprise, reconfinements…

Et il faut le reconnaitre, la diversification peut faire peur car elle est souvent synonyme de changements importants… une angoisse pour les PME. Et pourtant, les expertises métiers de l’aéronautique ou de l’automobile peuvent être facilement reproduites dans d’autres filières, comme la logistique, la mobilité, la santé, etc.

De la diversification vers l’indépendance

Comme le précise le Monde Economique « contrairement à ce que l’on pourrait croire, la diversification n’est pas uniquement une diversification de produit mais elle peut aussi être géographique. La réussite de n’importe quelle entreprise dépend, aussi bien de la nature des produits/prestations, qu’elle propose, mais aussi des marchés et des zones géographiques dans lesquels elle évolue. Il est possible de choisir la diversification totale qui consiste à s’intéresser, à la fois, à de nouveaux produits et à de nouveaux marchés. La diversification peut se manifester par une ouverture à l’international, la création de nouveaux domaines d’activité, le développement de nouveaux produits.

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

En décidant de se diversifier l’entreprise va répartir ses risques financiers, conquérir de nouveaux marchés, élargir son portefeuille d’activités, réduire ses coûts sur le moyen/long terme et s’assurer ainsi un meilleur positionnement concurrentiel. La diversification est donc incontestablement la stratégie de croissance la plus efficace.

La mise en place d’une stratégie de diversification (de produits/services ou géographique) implique cependant, la réalisation d’une étude précise pour définir ses objectifs stratégiques et ses buts sur le court, moyen et long terme. Il est aussi question ici de minimiser les risques.  Il est donc important de définir les bonnes orientations car elles impliqueront des choix structurants afin de déployer les actions qui assureront une diversification rapide. (Le Monde Economique).

Pour aider les entreprises à effectuer cette transition de diversification, le Centre technique des industries mécaniques (CETIM) propose une méthodologie adaptée aux PME/PMI.

Pour Pierre-Marie Gaillot, Architecte de la Transformation 4.0 des entreprises, Cetim « Il s’agira dans un 1er temps d’établir avec le dirigeant et son premier cercle, les différentes étapes du projet de diversification :

-Orientations stratégiques

- Processus commercial

- Actifs de l’entreprise

- Veille ciblée et identification de pistes

- Leviers de réussite

- Synthèse des pistes et des plans d’action

Être accompagné dans sa diversification permet surtout d’éviter des écueils auxquels on ne pense pas forcément. Une machine utilisée en aéronautique avec des process similaires dans le domaine médical, ne permettra pas une mise sur un marché similaire des produits réalisés. Les normes, les exigences sont en effet différentes selon le secteur d’activité.

Des exemples d’actions de diversification de PME

-           Organisation et stratégie (innovation, organisation interne, activité commerciale…)

-           Commerciale (adaptation site Internet, marketing de l’offre…)

-           Vision du marché (veille…)

-           Management (préparation des commerciaux à de nouveaux produits…) »

Diversification : une organisation et des méthodes agiles pour soutenir votre transformation

 

Les formes de diversification selon Igor Ansoff

C’est en 1957 que la matrice d’Ansoff fait parler d’elle pour la première fois. Un dénommé Igor Ansoff, professeur russo-américain, publie un article baptisé “Stratégie de diversification” dans la revue Harvard Business Review. Il y détaille un outil d’analyse de gestion stratégique en entreprise qu’il a développé : la matrice Ansoff.

Pour ce spécialiste, la réussite d'une diversification de produits dépend de plusieurs facteurs, mais surtout d'une démarche logique :

  • La diversification horizontale ou liée, la plus facile à mettre en place

Il s’agit ici d’élargir sa gamme, développer de nouveaux produits semblables à ceux déjà commercialisés.

  • La diversification verticale, vers de nouveaux marchés

L'entreprise élargit ses activités au niveau de sa filière principale en modifiant sa chaîne de valeur. Elle développe son savoir-faire commercial pour proposer les produits actuels à une nouvelle clientèle.

  • La diversification conglomérale nécessite de nouvelles ressources et compétences

L'entreprise se lance dans un ou plusieurs nouveaux métiers en exerçant des activités distinctes, portant sur des marchés séparés.

·         La diversification géographique implique une adaptabilité aux règles locales

L'entreprise s'implante dans une nouvelle zone, que ce soit au niveau local, national, continental, voire mondial, suivant son envergure. Comment réussir une stratégie de diversification ?

Une diversification d’opportunité ou de survie

Pour pallier les manques directement liés à la pandémie, de nombreuses entreprises françaises ont décidé d’adapter leur production.

Ce fut le cas de la société Odiora spécialisée dans la fabrication de bijoux pour appareils auditifs qui a décidé il y a quelques mois de se reconvertir dans la confection de masques transparents et depuis son carnet de commandes ne cesse de se remplir. (Le Journal des Entreprises.)

Le groupe français SPHERE, leader européen des emballages ménagers, avec 8 sites de production en France a quant à lui réorganisé une partie de sa production pour venir en aide aux hôpitaux français en fournissant près de 10 millions de de sur-blouses et de manchettes. (Sphère.eu)

Installée dans le Maine-et-Loire Manulatex, spécialiste des équipements de protection individuelle à destination des industries agroalimentaires et du secteur agricole s’est adaptée au contexte Covid-19 pour fournir le secteur de la santé. La production de ses tabliers à manches, validés par l’AP-HP a pu être doublée grâce à l’installation d’une deuxième ligne de fabrication. (My-Angers.info)

Si les outils présents sur le site de Lisi à Hérouville, dans le Calvados, sont habituels du marché historique du groupe : les fixations pour l’automobile et l’aéronautique, ceux-ci sont aujourd’hui destinés à la fabrication de prothèses de hanches et de genou. Autant de compétences dont le groupe Lisi était dépourvu avant d’entrer dans le médical, en 2007. Puis de racheter l’usine d’Hérouville à l’américain Stryker (aujourd’hui son principal client), trois ans plus tard. « Au-delà des similitudes des métiers de la métallurgie – la forge, la santé de la matière, l’état de surface – et des process, travailler dans le médical requiert des compétences spécifiques, que nous avons obtenues avec l’usine », explique Lionel Rivet (Usine Nouvelle).

Soplami, spécialiste du thermoformage plastique installée au sud de Toulouse, est lauréate de France Relance pour un montant de près de 900 000€, sur un investissement de 2M€ visant à conquérir de nouveaux marchés et limiter sa dépendance à l’aéronautique. Outre les pièces thermoformées entrant dans la fabrication de cockpits et de cabines d’avion, elle réalise aujourd’hui des éléments de carrosserie pour véhicules électriques, engins agricoles et même pour un van aménagé… leurs nouveaux projets.

 

Des aides pour se positionner sur les marchés d’avenir

Pour encourager la résilience du tissu industriel français, les organisations professionnelles et étatiques sont entrées dans la bataille, à coups d’aides financières et de programmes d’accompagnement.

France Relance, c'est 100 Md d’€ d'investissements mis en œuvre sur deux ans pour relancer l'économie et favoriser l'emploi. L’industrie ayant été particulièrement touchée par la crise, le gouvernement a mobilisé des moyens inédits pour soutenir le secteur dès septembre 2020 en proposant une troisième loi de finances rectificative, votée par le parlement le 23 juillet 2020. Cette loi de finances permet de mettre en œuvre plusieurs dispositifs de soutien à l’industrie qui s’inscrivent dans les priorités de la relance : inscrire l’ensemble des entreprises françaises dans les transitions écologique et numérique et les rendre plus résilientes.

La DGE a mis par exemple en place des stratégies d’accélération sur les marchés d’avenir : l’hydrogène, la Ville durable, la Santé, les biothérapies, la cybersécurité, des mesures très concrètes sont proposées pour aider les entreprises à développer les produits ou de nouvelles capacités de production.

L'Ademe lance de nombreux appels à projets dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale hydrogène, celle-ci étant dotée d'un budget de 7 milliards d’euros.

Le Fonds Avenir Automobile 2 (FAA 2) est un fonds d’investissement de près de 525 millions d’euros créé à l’initiative des constructeurs français – Groupe PSA et Renault – et Bpifrance, rejoints par l’Etat à destination des sous-traitants automobiles de toute taille. Ce fonds vise à investir au capital des sous-traitants automobile afin d’accélérer leur croissance, leur capacité d’innovation et leur diversification, de manière organique ou par croissance externe.

Ainsi, comme le disait si justement Darwin « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements. » Anticiper, innover, jauger, agir et saisir toutes les opportunités, sont donc les leviers d’une diversification réussie.

 

 

Créé le 11/10/21 par GL EVENTS

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